
L'heure où l'eau est verte
La lumière de sept heures a une couleur que personne ne sait nommer. Verte, presque. Elle arrive avant la chaleur, à plat sur l'eau, et elle ne tient qu'une heure. Passé huit heures, l'eau redevient bleue comme dans les brochures. Mais à sept heures, elle est verte, vive, chargée d'une clarté qui vient de côté et traverse tout ce qu'elle touche.
Cette couleur n'est pas dans l'eau. Elle est dans l'angle. Le soleil est encore assez bas pour raser la surface au lieu de tomber dessus, et c'est ce frôlement qui fait le vert. Une heure plus tard, l'angle a changé, la lumière tombe d'en haut, et le vert a disparu. Voilà pourquoi cette teinte ne se photographie presque jamais : elle demande d'être là au bon moment, et le bon moment est court.
La fraîcheur ne se montre pas avec un agrume posé sur une table. Elle se montre avec la lumière qui traverse.
C'est cette heure que porte ALBA. Pas le paysage, pas le décor : la qualité de la lumière. La bergamote ouvre verte et nette, exactement comme la première clarté sur une surface mouillée. Le néroli et la fleur d'oranger prolongent cette ouverture sans la réchauffer. Le vétiver et les muscs blancs la tiennent sur la peau, propres et verticaux.

Nous avons longtemps cherché comment rendre cette fraîcheur visible. La réponse est venue par la négative, en retirant les objets. Pas de fruits, pas d'ingrédients à l'écran. Du verre mouillé, du lin, de l'eau claire, du bois clair. Des surfaces qui reçoivent la lumière et la renvoient. Il y a dans cette heure quelque chose qui ne dure pas, et c'est peut-être ce qui la rend précieuse.