
Huit semaines dans le noir
Un parfum n'est pas fini quand la formule est écrite. Au moment du mélange, les matières coexistent sans se parler. On sent chaque ingrédient séparément, un peu fort, un peu brut. Il manque quelque chose que seule l'attente donne.
C'est la macération. Le concentré repose dans l'alcool, à l'abri de la lumière et à température stable. Les molécules se lient, les angles s'arrondissent, les notes trop vives rentrent dans le rang. Le parfum devient une composition au lieu d'être une addition.
On ne peut pas accélérer une macération. On peut seulement décider de ne pas la raccourcir.
Nos compositions reposent huit semaines. Ce n'est pas un record, certaines maisons vont plus loin. Mais c'est long à l'échelle d'une production, et c'est du temps qui ne se voit pas sur le flacon. Personne n'achète un parfum pour ses semaines de repos.

Il y a une preuve simple, que vous pouvez faire chez vous : un parfum gardé depuis deux ans sent souvent mieux qu'au premier jour. La macération ne s'arrête jamais vraiment.